vendredi 30 novembre 2007

Propagande continuelle ou marasme ideo-culturelle ?

Comme tous les habitants de ma ville je recois tous les mois un document d'information citadine qu'à l'habitude je m'empresse de jeter à la poubelle avec les autres publicités. Mais, sur celui de ce mois-ci, la couverture m'a retenue et je l'ai mis de coté, au pied de mon lit, pour y regarder de plus pres. On y voyait en couverture, posant pour la photo, 6 individus l'un de type asiatique, l'un de type européen, deux de types africains (dont la femme etait en plus en habit traditionnel camerounais) , l'un de type arabe, et la derniere indeterminable à vue d'oeil. Cette photo portait le titre suivant : "enquete : ces métropolitains venus d'ailleurs".

Curieux de voir de quelle façon allait etre traiter le sujet (mais en sachant tout de meme à quoi m'attendre) je vais directement aux pages de cette enquete.

Le paragraphe introductif du "journaliste" est pour le moins éloquant :

"Entre 1999 et 2010, [Ma ville] aura acceuilli 60 000 nouveaux habitants. Des migrants venus de differentes villes, d'autres regions de France, d'europe ou du monde. Une diversité culturelle, source de richesse [Nous sommes immediatement fixé quant au postulat de départ], qui nous amene à repenser pour demain le lien social et le vivre ensemble."

S'ensuit un petit article qui fait, en creux, l'éloge de la diveristé culturelle, mais qui nous renseigne sur le fait suivant : 12 000 ressortissants etrangers en 2004 ayant un titre de séjour vivaient sur le territoire de ma métropole, soit 3% de la population. Le chiffre parait peu élever à premiere vue, mais :
1) Il est de la seule année 2004 (pour se faire une idée il faudrait mettre en série plusieurs années)
2) Ne prend evidemment pas en compte tous les clandestins
3) Il ne concerne que la commune en elle-meme, c'est à dire qu'il ne figure pas dedans les ressortissants etrangers vivants dans les zones peripheriques, et banlieues. Là ou de toute évidence ils doivent etre plus nombreux.

Le "journaliste"[qui n'en sont d'ailleurs pas, puisqu'il s'agit, à la lettre, d'un document émanant de la municipalité et qui a pour objectif de rendre "sexy" les projets, decisions, etc. du conseil municipal] se permet encore une fois la remarque suivante :

"Un apport migratoire qui, au fil des generations, est source d'inventivité"
Cette idée, nous l'accepterons volontier si elle était justifiée, et si elle n'était pas une idée postulée comme irréfutable, une émanation de la Doxa.

Fait suite des témoignages de ces gens venus d'ailleurs, avec comme orientation l'eloge de la tradition. Par exemple l'étudiant chinois qui explique qu'il recoit pour son anniversaire par ses parents "des gateaux de lune car c'est la premiere fois que mon anniversaire coincide avec la fete de la mi-automne du calendrier lunaire".
Ou autre exemple, la femme dont le type etait indefinissable sur la photo et qui se revele etre une arménienne qui parle de sa petite fille née ici : "La plus jeune va avoir quarante jours. Elle porte un prénom français : Nathalie. C'est un moment de fete pour nous, ou on fait des gateaux et on prépare quarante petits verres d'eau que l'on versera sur sa tete".

Nous apprecions nous aussi la tradition, nous la placons meme au-dessus de tout, mais la France n'apparait ici que comme un territoire, une "terre d'acceuil" ou s'expriment, se heurtent toutes ces traditions, et comme l'aglomerat de ces tratidions, mais jamais comme une entité pouvant avoir sa propre id-entité (ne parlons meme pas du fait que ces afflux, terme que je prefere à celui d'apport utilisé dans l'article, peuvent jouer sur la perte de cette identité). De plus, le début de l'article precise que, dans les nouveaux habitants, il y a des ruraux venus des communes avoisinantes, ou d'autre aglomération de la region, ou meme d'autre region de France: ceux-là n'ont ils pas de tradition ? Ceux-là n'ont pas d'identité ? Il faut croire que non puisqu'il n'y a pas eu d'interview de paysan du coin, venant s'installer en ville, ni d'alsacien, ou d'autres regionaux. Ou alors ces multiples identités qui composent la France, les traditions regionales ne sont pas assez ex-otique ?
Curieux paradoxe Xénophilique. Image de la perversion contemporaine. Mal du temps.

Il y a tout de meme des propos de bon sens, mais curieusement jamais de la "puissance entretenante" qui fait l'article, mais toujours des immigrés eux-meme.
L'homme de type européen s'avere etre un flamand. Quant à lui il déclare : "je n'ai pas d'attachement à une région particuliere et je retrouve mes racines quand je parle de l'Europe, c'est mon pays".
Quant aux deux camerounais, parlant de leur continent : "Si les gens etaient mieux formés, il n'y aurait pas de migration. Nul n'est bien que chez soi, et pour émigrer, il faut vraiment etre pris à la gorge"

Voici que le journaliste, que dis-je, le representant de l'autorité, du pouvoir municipal, qui s'exprime en son nom et exprime du meme coup la pensée dominante,n'a pas cessé de faire l'éloge d'une chose si atroce, si maheureuse, si destructrice : migrer, définitivement.

P.S:

Dans l'article, les camerounais disent une chose utile à retenir au sujet des magouilles possibles avec les permis de séjour : "Arrivés avec un visa de tourisme, nous avons obtenu un titre de séjour pour raison de santé". Ensuite on apprend qu'une famille de bobo les as soutenus, hebergés, puis que petit à petit leur papiers ont été regularisés.
Les voici donc français (ou en passe de l'etre? du moins leurs multiples progenitures) apres etre arrivé avec un visa de tourisme...

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