lundi 5 novembre 2007

Pompes aspirantes

"Les marchands de sommeil quittent Paris. "Pendant des années des individus ont usé des filières d'immigration pour louer des logements sans sanitaire ni confort à des prix prohibitifs", témoigne Fabienne Giboudeaux, présidente de la Société immobilière d'économie mixte de la Ville de Paris (Siemp).

Pour mettre un terme à l'appétit de ces exploiteurs, nous préemptons les immeubles qui peuvent faire l'objet de ce type de business. Nous relogeons les habitants et la Siemp prend en charge la rénovation des bâtiments", explique Hélène Schwoerer, directrice du cabinet de Jean-Yves Mano, maire adjoint chargé de l'urbanisme. "Aujourd'hui, il demeure 58 immeubles en cours de traitement", poursuit la jeune femme, qui croit voir se profiler l'éradication de cette forme d'exploitation au sein de la capitale.
Toutefois, les obligations administratives et judiciaires nécessaires pour mener à bien ce type d'opération sont chronophages et les freins à la prise de contrôle de bâtiments par la mairie parfois inattendus.
Au 69 du boulevard Poniatowski, dans le 12e arrondissement, s'élève un immeuble branlant. Des vitres sont scotchées, le chauffage central est hors d'usage, la façade noircie se lézarde et le bâtiment a subi un important incendie en 2003. "Suite à cet accident nous avons voulu identifier le propriétaire de l'immeuble", témoigne Michèle Blumenthal, maire du 12e. Quatre ans plus tard, la question reste en suspens, empêchant la mairie de Paris d'imposer la rénovation nécessaire ou, à défaut, d'en prendre le contrôle.SUSPENSION DE LA PROCÉDURE
Le bâtiment a été construit en 1911. Il est dédié aux logements des députés d'Afrique de l'Ouest. En 1959, il est rétrocédé à sept Etats africains : Bénin, Burkina Faso, Côte d'Ivoire, Mali, Mauritanie, Niger et Sénégal. "Les Etats se sont retirés de la gestion de l'immeuble. C'est un conseil de gestion autonome qui gère le bâtiment depuis 1974 ", explique François Blouvac, directeur de cabinet de la mairie du 12e.
"Aucun impôt n'a été payé depuis des années. Le bâtiment n'est pas entretenu. Nous avons lancé une procédure dite de bien sans maître ", indique la mairie de Paris. L'immeuble pourrait être alors repris par l'Etat et la Ville, puis confié à un bailleur social. "Les habitants dotés de papiers seraient relogés. L'objectif est d'en faire un logement étudiant", poursuit François Blouvac.
"Mais en octobre Matignon nous a demandé, sans explication, de suspendre la procédure", s'exaspère Hélène Schwoerer. Au sein de l'Hôtel de Ville, on craint un regain d'appétit de certains Etats pour ce bien abandonné depuis trente ans. "L'opération de la mairie de Paris n'est pas sécurisée juridiquement", fait-on savoir du côté des services du premier ministre. "Cette affaire est compliquée", reconnaît-on encore, elle engage plusieurs Etats. Du coup, la situation administrative de cet immeuble reste au point mort.
L'immeuble, lui, continue de se déliter. En juin, des blocs de pierre de plusieurs dizaines de kilos ont quitté la corniche de l'immeuble pour s'écraser sur le trottoir, sans faire de blessé…

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